Lorsqu’on évoque l’Amérique du Nord avec les spécialistes du recrutement, tous semblent n’avoir qu’un mot à la bouche : Canada. Selon eux, les jeunes Français trouveront davantage d’opportunités professionnelles au Canada qu’aux Etats-Unis. Mais attention tout de même aux désillusions.
Cette nouvelle donne s’explique tout d’abord par la crise qui affecte de plein fouet les Etats-Unis et que le Canada semble traverser avec moins de difficultés. Comme l’observe l’association pour l’emploi des cadres (APEC), les Etats-Unis, qui ont été à l’épicentre de la crise, ont vu leur taux de chômage augmenter pour atteindre son plus haut niveau depuis 25 ans. Il faut ajouter à cela que, comme le note Oliver Sheppard, chargé de mission au pôle emploi international (PEI), le Canada mène depuis 2007 une politique très favorable à l’immigration francophone. « Ces trois dernières années, nous avons vu nos recrutements vers le Canada tripler, passant de 2 000 à 6 000 postes par an. Parmi ces postes, 60 % concernent le Québec".
Laurent Vorelli, directeur de l’agence Adecco Professionnels au Québec, confirme : « parmi les candidats que place l’agence de Montréal Centre-ville –qui recrute essentiellement pour des postes administratifs et industriels– il y a environ un tiers de candidats français ». En termes d’offre, les emplois proposés sont assez éclectiques. « Cela va de postes techniques tels que manutentionnaire ou opérateur de production jusqu’à des métiers très pointus tels que l’ingénierie, la finance et l’aéronautique. » Sans oublier les postes pour lesquels la pénurie est criante, comme les ingénieurs plastique, les électromécaniciens, les experts comptables, les secrétaires administratives bilingues…
LE CANADA, UN ELDORADO POUR LES JEUNES FRANÇAIS ?
Le directeur de l’agence Adecco Professionnels au Québec tient à mettre en garde les candidats, en expliquant que, même si les offres sont nombreuses, les postulants le sont généralement plus et la concurrence reste sévère. « Et puis, ajoute-t-il, le bilinguisme français/anglais est quasiment une condition sine qua non pour trouver un emploi dans beaucoup de secteurs au Québec. Or, de ce point de vue-là, le bât blesse souvent avec les candidats français. » Enfin, mieux vaut savoir qu’une première expérience québécoise est exigée par certains employeurs. « Les candidats, dit-il, devront souvent accepter un poste en deçà de leurs qualifications dans un premier temps, avant d’accéder à une fonction plus en adéquation avec leur profil. »
David Goulet, consultant international pour le cabinet Hays, tient également à modérer une vision trop tranchée de l’Amérique du Nord : « il est exagéré de considérer le Canada comme un eldorado et les Etats-Unis comme un pays fini. D’une part, parce que les procédures d’immigration au Canada se sont considérablement compliquées depuis quelques années, et d’autre part parce que les filières d’excellence française telles que l’ingénierie, l’industrie pétrolière et gazière, ou encore l’hôtellerie-restauration, continuent d’attirer les recruteurs étrangers, y compris étatsuniens. »